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Végétaliser les centres-villes n’a certainement jamais été aussi nécessaire. À l’heure du réchauffement climatique, des épisodes caniculaires extrêmes et de l’accaparement des terres agricoles périurbaines par les programmes immobiliers, aménager des espaces végétalisés en ville apporte des bienfaits écologiques et sociaux non négligeables comme le simple fait de rapprocher le citadin de la nature. C’est ce pourquoi Terreauciel (bureau d’étude en aménagement urbain) milite depuis 2013 en concevant « des espaces verts qui dialoguent avec les usagers, par le biais du comestible. »

Une histoire de la nature en ville

L’histoire des espaces verts nous apprend beaucoup sur la fonctionnalité que les urbanistes octroient ou non à la nature en milieu urbain. Depuis le XIXe siècle, la considération pour les espaces végétalisés urbains a beaucoup évolué. Au détour de la « Révolution Industrielle », on alloue à l’espace vert une fonction hygiénique qui a vocation à améliorer le cadre de vie urbain dans des espaces de plus en plus minéralisés. C’est à cette époque que l’on voit naître les systèmes de parcs et de jardins dans la ville. Mais paradoxalement, à cette époque, les connaissances scientifiques sur les fonctionnalités écosystémiques de la nature ne permettent pas d’imaginer des espaces verts ayant une autre fonctionnalité qu’esthétique et hygiénique.

L’évolution des pensées idéologiques et la prise en compte du contexte environnemental ont transformé les pratiques urbanistiques. De l’urbanisme fonctionnaliste en passant par l’urbanisme durable à l’émergence de l’urbanisme écologique, ces tendances ont amené à mettre en œuvre « de nouveaux modes de gestion (de la gestion horticole à celle dite écologique ou intégrée) et des choix typologiques d’espaces verts spécifiques (des jardins privés aux corridors écologiques et réserves urbaines de biodiversité). » (1)

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Photo : Terreau Ciel

En 2007, en réponse au contexte de crise écologique que nous rencontrons, le Grenelle de l’environnement instaure un nouvel outil d’aménagement du territoire : la trame verte. Il s’agit-là d’une avancée importante en termes de considération du végétal en milieu urbain de l’échelle supranationale à celle du local.
« Les notions de connectivité, de corridor écologique, de réservoir de biodiversité, de multifonctionnalité, etc., occupent de plus en plus une place prépondérante dans les discours et les approches d’aménagement. » (2)

Aujourd’hui, « les politiques urbaines associent aux espaces végétalisés urbains des fonctions et des formes très variées, allant d’une « nature artificialisée » à forte valeur esthétique à « une nature sauvage » à forte valeur écologique. » (3)

Végétaliser les villes : un enjeu impérieux

L’humanité du XXIe siècle est et sera encore plus, une humanité urbaine. Plus de la moitié de la population mondiale vit en ville et notamment dans les grandes métropoles. D’ici 2050, 68% de la population mondiale vivra dans des villes contre 55% aujourd’hui, selon une étude de l’ONU qui prévoit de plus en plus de villes géantes à l’avenir.

Végétaliser les villes devient une nécessité impérieuse au regard du réchauffement climatique à l’œuvre depuis plusieurs décennies. Les problèmes que pose l’augmentation des températures sont pris très au sérieux par les politiques publiques. Rappelons que les températures exceptionnelles enregistrées avec des pointes atteignant plus de 42 degrés dans la capitale deviennent de plus en plus récurrentes. Selon les scientifiques et plus spécifiquement ceux qui composent le GIEC, ces canicules sont amenées à s’intensifier d’ici la fin du siècle. 55°C en France ? Selon le climatologue français Jean Jouzel, c’est fort à parier. Meurtrières pour les personnes les plus vulnérables, ces canicules auront des conséquences dramatiques et nous sommes, vraisemblablement, loin d’y être préparés.

Les scientifiques sont unanimes, le lien entre le réchauffement climatique sur le long terme et ces événements météorologiques extrêmes visibles à court terme est clairement identifié et quantifié. Ainsi, ce sont nos conditions d’habitabilité en milieu urbain qui sont compromises. Alors, comment renverser la tendance ? Le mieux serait d’atteindre la neutralité carbone au plus vite en stoppant fissa nos activités émettrices de Gaz à Effet de Serre pour nous prémunir de ces évènements catastrophiques (car les canicules ne seront pas les seuls évènements, il va sans dire). Mais ce n’est pas si simple que cela. Pour la simple et bonne raison que la quantité d’émission de Gaz à Effet de Serre présente dans l’atmosphère ne va pas disparaître d’un claquement de doigts. Les échelles de temps ne sont pas les mêmes.

Alors, une des solutions serait de se préparer à s’adapter à ces nouvelles conditions de vie. C’est là que la végétalisation des milieux urbains prend tout son sens, et bien plus encore au regard des services écosystémiques qu’elle rend.

« Chacun cherche à sa manière de lutter contre ces ilots de chaleur (4). Mais rien ne vaut la plantation d’un arbre – mieux de plusieurs arbres – mieux encore de conserver nos arbres centenaires pour lutter contre ces ilots de chaleur. Un arbre a besoin d’environ 200L d’eau pour produire 1 kg de bois, C’est dire la rétention d’eau dont il est capable. Par ailleurs, la végétalisation en milieu urbain apporte de nombreux services écosystémiques : biodiversité, puits de carbone, décompactage des sols, bien-être et apaisements de la population… Il est réellement urgent d’adopter une politique de végétalisation et de préservation des arbres remarquables en ville, qui tombent bien trop souvent au début d’un projet de construction alors qu’ils auraient pu être conservés en réfléchissant la problématique en amont. » explique Florian Champoux, co-gérant de Terreauciel et en charge du développement commercial.

Ce bureau d’étude créé en 2013 ne manque pas d’idées pour imaginer des aménagements à la fois fonctionnels et esthétiques. Comme ces paysages comestibles conçus pour interagir avec l’usager de l’espace public, qui garantissent en parallèle des bienfaits écologiques. « La végétation est connue pour purifier l’air, du moins diminuer le taux de CO².»

Mais ne nous méprenons pas, ces paysages comestibles et ces projets d’agriculture urbaine n’ont pas vocation à nourrir les habitants. Penser que l’agriculture urbaine (projets de cultures hors sol, verticales, sur les toits, ou autre) pourrait, à terme et avec beaucoup de technologies, permettre aux villes d’atteindre une certaine résilience alimentaire paraît inconcevable.

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Photo : Terreau Ciel

« Nous ne croyons pas tellement que l’agriculture urbaine pourra un jour nourrir la ville. Elle doit être un moyen de rapprocher les citadins des campagnes. Quand on parle d’autonomie alimentaire via l’agriculture urbaine, comment imaginer qu’il y aura des vaches, des céréales sur les toits de nos immeubles… Nous parlons en réalité uniquement de légumes, même pas de fruits. Et les maraîchers ont aussi leur mot à dire en campagne pour faire vivre économiquement ces campagnes, évoluer avec les paysages… Bien qu’implanter sur d’anciennes terres très fertiles, la ville n’est plus adaptée aux cultures sur grandes échelles. Les ombres portées, les terrains qui ne sont pas suffisamment grands pour des professionnels, des voisins qui ne souhaitent pas être réveillés le dimanche matin par le tracteur…, tout ceci constitue des conditions incompatibles avec la pratique agricole ».

Sensibiliser par l’agriculture urbaine

À l’origine, les fondateurs de Terreauciel entrevoient l’aménagement urbain végétal comme un moyen de mettre du lien entre producteurs et consommateurs, entre paysans et citadins. Ces deux mondes qui sont interdépendants ne coexistent plus, une fracture physique s’est installée au cours du temps.

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Photo : Terreau Ciel
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Photo : Terreau Ciel

Collectivités territoriales, bailleurs sociaux et promoteurs immobiliers, mais aussi entreprises, le bureau d’étude a imaginé de nombreux chantiers d’aménagement à travers la France, toujours avec la volonté d’accompagner les usagers à entretenir les espaces verts.  « Lorsque nous proposons la création de potagers par exemple, nous mettons en place un accompagnement en jardinage naturel pour les habitants ou les salariés. Nous accompagnons aussi à la structuration du collectif pour les sensibiliser au besoin de communication, au respect de la nature, etc. ».

En ce qui concerne la résilience alimentaire des villes, le bureau d’étude mise sur l’agriculture périurbaine pour recréer des ceintures maraîchères comme elles existaient au XIXe siècle si l’on prend l’exemple de Paris. C’est ainsi que le projet des Carrés maraîchers a vu le jour. Proposer aux citadins de louer une parcelle de terrain chez un maraîcher installé en périurbain, il fallait y penser.

« L’idée est venue petit à petit avec le concours « Dessine-moi Toulouse » et le site des Berges de l’Hers que nous avons remporté. Nous étions positionnés au sein de l’équipe en tant que bureau d’études « agriculture urbaine » afin de monter un agriparc (plusieurs exploitants qui s’installeront sur ce site pour produire et vendre en local, en bio). Le projet nous a de plus en plus intéressés au fur et à mesure de notre engagement et nous avons souhaité y participer en proposant une offre qui n’existait pas jusque-là. Une offre qui soit destinée à toutes les personnes qui aimeraient avoir un jardin potager chez eux ou dans des jardins partagés, mais pour qui ce n’est pas possible par manque de temps ou de connaissances.

Cette année, nous commençons une phase de test avant d’implanter le projet sur les berges de l’Hers. L’objectif est de le tester avec 24 premiers clients sur une surface de 1500 m².»

Un projet pour lequel l’équipe de Terreauciel engage beaucoup d’espoir et par lequel, elle milite pour le développement de l’agriculture périurbaine.

Notes : 

  • (1) Article Évolution de la place du végétal dans la ville, de l’espace vert à la trame verte, paragraphe 51
  • (2) Article Évolution de la place du végétal dans la ville, de l’espace vert à la trame verte, paragraphe 2
  • (3) Article Évolution de la place du végétal dans la ville, de l’espace vert à la trame verte, paragraphe 52
  • (4) Un îlot de chaleur urbain est un secteur urbanisé où les températures sont plus élevées que dans les secteurs environnants. Il est le résultat des choix d’aménagement des milieux de vie, notamment la minéralisation des surfaces. Cet enjeu local est préoccupant pour les villes puisqu’il entraîne de nombreuses conséquences néfastes, entre autres sur la santé.

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