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Relocaliser le traitement des biodéchets, l’histoire des Alchimistes

Vendredi 5 avril, quartier Bellefontaine de Toulouse, nous avons rendez-vous avec Les Alchimistes Occitera. Pas de transmutation de métaux au programme, la pierre philosophale des Alchimistes est bel et bien organique. Épluchures de fruits et légumes, restes alimentaires en tout genre que l’on peut rassembler sous le nom de biodéchets.

Les Alchimistes sont d’abord nés à Paris, de la rencontre de deux structures d’insertion professionnelle par l’activité économique : Halage et Études et chantiers Ile-de-France. Mathieu Thérial, co-fondateur des Alchimistes Occiterra a donc soutenu le développement du projet parisien avant de vouloir l’exporter à Toulouse.

« L’idée est partie du constat que le service de collecte et de traitement des déchets nous semblait obsolète sur certains points. Nous ne sommes pas en guerre contre ces services, mais nous pensons que des solutions plus locales et plus écologiques peuvent être expérimentées », explique Mathieu.

Le projet consiste donc à mettre en place un service et une technologie qui permet de collecter et traiter les biodéchets des professionnels au plus près de l’endroit où ils sont produits. Car actuellement, leur traitement se fait à plusieurs kilomètres des centres urbains par incinération (126 incinérateurs en France). Fonctionnement coûteux tant économiquement, qu’énergétiquement.

« Ce mode de traitement est polluant et non soutenable, car en réalité environ 20/25% du tonnage entrant ressort sous forme de “mâchefers” (imbrûlés, incombustibles, cendres…), et 3% sous forme de résidus d’épuration des fumées (REFIOM) classés “dangereux” […] L’incinération émet des polluants dans l’air (normés, mais pas à “zéro”), ainsi que des rejets aqueux en fonction du mode de traitement des fumées. Les investissements lourds dans ces usines, d’au moins plusieurs dizaines voire centaines de millions d’euros, et la nécessité de les faire fonctionner toute l’année 24h/24 hors maintenance, ainsi que la tendance à les surdimensionner, freinent fortement les démarches locales de réduction et de recyclage des déchets. » Zero Waste France

Le compostage est donc une alternative de traitement des biodéchets pleine de bon sens. Redonner à la terre ce qu’il lui revient. À savoir que 3 kg de biodéchets équivalent à 1 kg de compost.


Une tournée vélo à travers le quartier Basso Cambo

Ce matin, c’est Valentin Mizzi, cofondateur des Alchimistes Occiterra qui est chargé de la collecte. Les bio-seaux sont nettoyés et disposés dans la remorque (12 au total). Le remorquage se fait à vélo électrique, une alternative plus douce, moins bruyante et moins polluante que le camion poubelle.

Photo : Mathilde Bouterre

Au programme de cette matinée : trois restaurants et la Météopole de Météo France soit 4 établissements situés dans le quartier de Basso Cambo. Premier coup de pédales et c’est parti ! Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous ne passons pas inaperçus 😉

Nous arrivons aux abords du premier restaurant, un des premiers clients des Alchimistes. Les bio-seaux sont échangés, le temps pour nous de poser quelques questions au gérant.

« J’ai trouvé la démarche des Alchimistes très intelligente et d’avenir. Avant cela, tous les déchets organiques du restaurant étaient jetés à la poubelle classique. Finalement, ça n’est absolument pas contraignant de séparer pour mettre en place cette collecte », raconte le gérant du restaurant JEM.

Pas contraignant donc, et surtout digne du bon sens pour ce restaurateur qui tente de minimiser son impact sur l’environnement.

Nous poursuivons notre virée, direction Roquette et Julienne, un restaurant situé au 18 place des Pradettes. Valérie la fondatrice a ouvert cet établissement fin 2016 et nous raconte avoir très rapidement souhaité composter les déchets alimentaires de son restaurant. Le service des Alchimistes fut donc une aubaine pour cette restauratrice, par ailleurs, très sensible à la question de la protection de l’environnement.

Valentin Mizzi, cofondateur des Alchimistes Occiterra et Valérie, fondatrice de Roquette et Julienne
Photo : Mathilde Bouterre

« Ils sont venus me voir, mais j’étais déjà convaincue, car j’essayais déjà de recycler ces biodéchets. Au début, j’ai commencé par remplir mon composteur personnel, mais il a vite débordé. Puis j’ai essayé de mettre en place un composteur collectif dans la résidence où se situe mon restaurant, mais les autres résidents n’étaient pas sensibles à la démarche. Donc finalement, Les Alchimistes sont arrivés au bon moment… », nous explique Valérie qui tente de convaincre d’autres professionnels.

« J’essaye de les sensibiliser en leur expliquant qu’il faut penser à la planète, qu’on ne peut pas continuer à jeter, gaspiller et brûler de la matière organique. Ça ne demande qu’un tout petit geste. Si tout le monde s’y m’étais, on pourrait voir l’impact que ça génère », ajoute-t-elle.

Depuis septembre 2018, Les Alchimistes Occiterra collectent les biodéchets de près de 15 restaurants, ce qui représente environ 400 kilomètres de vélo par mois, tout de même.

Cuisines centrales, cantines collectives et scolaires, restaurants d’entreprises, épiceries, grandes et moyennes surfaces, campus universitaire, le champ des possibles est large pour Les Alchimistes qui se sont volontairement concentrés sur les restaurateurs dans un premier temps. Pour bénéficier de ce service, il faut compter environ 150 € par mois selon les volumes et les récurrences de collecte. Un tarif qui représente 20 à 30 % de moins qu’un prestataire institutionnel.

Mathieu Therial, cofondateur des Alchimistes Occiterra – Photo : Mathilde Bouterre

« La collecte se fait en fonction des volumes de déchets du client. Pour un petit restaurant, 1 à 2 collectes par semaine alors qu’un restaurant universitaire en nécessite plutôt 3. Le prix est donc fixé en fonction de ce volume et de la fréquence de passage. Mais on essaye d’encourager les professionnels à améliorer leur tri au travers d’une note pour les encourager à faire mieux, à moins gaspiller aussi », nous confie Mathieu.

Nous terminons par la collecte de la Météopole qui finira par combler la remorque de 4 seaux supplémentaires. Il s’agit d’un établissement qui nécessite plusieurs collectes par semaine d’où la nécessité de limiter le nombre de partenaires pour se concentrer sur l’amélioration technique de leur solution.

Finalement, quelque 181 kilogrammes de matières organiques auront été collectés. Une récolte que Valentin s’empresse de déposer dans les cellules de la plateforme de compostage, située sur un terrain prêté par la Régie de quartier de Toulouse dans le quartier de Lafourguette.

Pour passer à la vitesse supérieure, le collectif a pour ambition de développer une installation de compostage électromécanique. Un équipement qui permettrait de traiter de plus grandes quantités de déchets et de les transformer plus rapidement en compost de qualité.


Vers un centre agréé de traitement des biodéchets…

Mathieu nous apprend que le secteur des déchets est soumis à une importante réglementation, notamment sanitaire. Des normes auxquelles Les Alchimistes devront nécessairement se plier pour obtenir l’agrément souhaité.

« La gestion des biodéchets est très réglementée. Déjà, il faut obtenir un agrément sanitaire pour récolter. Et puis, l’échange et la vente du compost sont également réglementés. Une analyse doit prouver que le compost répond à un cahier des charges, qu’il ne contient pas de germes pathogènes dangereux. C’est la norme NFU 44-051 sans laquelle il est impossible d’échanger ou de vendre notre compost. »

C’est tout l’enjeu de l’expérimentation que souhaitent mener Les Alchimistes. Une campagne de dons vient justement d’être lancée pour financer une partie de l’investissement de cet équipement. Très en vogue au Japon ou en Corée, cette machine commence timidement à s’implanter en Europe.

« Il s’agit d’un réacteur fermé dans lequel on vient mettre une quantité de déchets donnée. Jusqu’à 200 kg par jour peuvent être traités sans risque sanitaire. Il a la capacité de transformer les déchets en compost en 6 à 8 semaines contre 5 à 6 mois avec la méthode traditionnelle.»

Le compost « Made In Toulouse » pourrait donc bientôt être vendu à des jardiniers, ou des agriculteurs urbains. Mais Les Alchimistes veulent aller plus loin et ambitionnent de créer un réseau d’électro-composteurs de capacités diverses pour Toulouse et sa région. Un réseau qui pourrait gérer le maximum de biodéchets et qui introduirait le métier de collecteur-composteur de quartier (imaginé par les Alchimistes de Paris) à Toulouse.

Pour soutenir le projet des Alchimistes Occiterra, rendez-vous sur la plateforme de crownfunding Ulule.

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