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Emboîtons le plat avec Etic Emballages

La restauration à emporter cartonne dans les grandes métropoles. Et le tout jetable reste malheureusement la norme induite par ce marché. À Toulouse, une jeune association a décidé de faire le pied de nez aux contenants jetables en introduisant le concept de consigne dans la restauration à emporter. Rencontre avec Jonathan et Céline, cofondateurs d’Etic Emballages.



Attaquer l’usage unique en réintroduisant la consigne

Il n’y a qu’à se promener aux alentours des grands hubs de nos centres-ville pour se rendre compte que la vente à emporter a le vent en poupe. Entre les petits restaurants, les autres food truck et les livreurs à deux roues, floqués Deliveroo ou encore Just Eat pour n’en citer que deux, l’offre est florissante.

Là où le bât blesse, c’est que ce mode de restauration induit une considérable dépendance aux contenants jetables. À l’ère où les pollutions provoquées par la production et la consommation de ces contenants (plastique ou carton) ne sont plus à prouver, la restauration à emporter a tout intérêt à s’orienter vers l’économie circulaire.

Photo : Mathilde Bouterre
Jonathan et Céline, tous deux membres d’un collectif très engagé dans la lutte de réduction des déchets, partent donc à l’attaque du jetable en réintroduisant le concept de consigne en verre dans le secteur de l’emballage alimentaire : « l’idée de la consigne nous est venue assez naturellement, simplement car ce n’est pas nouveau, c’est un système qui a fait ses preuves, qui est simple à mettre en place et que nous utilisions il y a encore 30 ou 40 ans » confie Jonathan.

L’impact positif de la réintroduction de la consigne est réel et va bien au-delà de la réduction même des déchets. « On fait une réelle économie au niveau de la fabrication de l’emballage. On peut potentiellement réutiliser le verre à l’infini tant qu’il ne se dégrade pas. Et quand il finit par se dégrader, on le recycle et, là encore il y a une différence avec les emballages plastiques.  En réalité, les emballages plastiques ne sont pas recyclés entièrement. Dans un nouvel emballage, on retrouve seulement une petite partie de matière plastique recyclée à laquelle est ajoutée de la nouvelle matière issue de l’industrie de la pétro-chimie. […] Et puis, il y a aussi un intérêt social à réintroduire la consigne. Par ce biais, les citoyens et les restaurateurs se rapprochent, et plus largement, un service comme « En boîte le plat » encourage des synergies entre les différents acteurs du territoire sur les questions de l’alimentation ».



« En boîte le plat » : une expérimentation inédite

Etic Emballages se lance donc le défi de mettre en place un réseau de boîtes en verre consignées à l’échelle de Toulouse. Après avoir menés deux études de terrain – l’une à destination de restaurateurs, l’autre de consommateurs – le collectif révèle que 70% de toulousains sont mécontents des emballages alimentaires utilisés actuellement et que 70% se déclarent prêts à acheter leur repas à emporter ou livré si celui-ci est emballé dans une boîte consignée. De plus, la plupart des restaurateurs sondés ont laissé entendre leur intérêt pour mettre en place ce service.

« La plupart des restaurateurs que nous sommes allés rencontrer étaient très intéressés par l’idée. C’est plus en termes de logistique qu’ils avaient des interrogations pour mettre en place le service sans que cela les contraigne dans leur activité. Avec des emballages jetables, ils n’ont pas à s’occuper des retours, puisqu’ils partent à la poubelle, ce qui n’est pas le cas avec l’emballage consigné. Ce sont des questions qui nous ont permis d’affiner le service au mieux pour ne pas ajouter des tâches supplémentaires aux restaurateurs » explique Céline.

Une autre interrogation résidait dans la question de l’hygiène et de ce qu’on appelle la « marche en avant », principe de mise en place d’une démarche qualitative de l’hygiène avec pour principe de base que les produits sains ne doivent pas croiser le chemin des produits souillés. « Nous avons rencontré la Direction départementale de la Protection des populations pour nous assurer que notre service respectait bien les normes d’hygiènes » ajoute Céline.

Photo : Mathilde Bouterre
Jonathan nous raconte alors s’être inspiré du réseau Recircle, une entreprise sociale suisse qui fournit des boîtes à repas réutilisables aux restaurants de vente à emporter, ainsi qu’un dispositif permettant d’appliquer une consigne sur ces contenants. Jeannette Morath a créé Recircle en 2016 avec l’idée d’offrir aux citoyens des alternatives pour vivre de façon plus durable. Basé à Berne, le dispositif de consigne Recircle a aujourd’hui des partenariats avec 182 restaurants répartis dans la plupart des grandes villes suisses.

Armée de ces différentes données, l’association Etic Emballages vient de lancer une campagne de crownfunding pour financer la phase expérimentale du service pendant trois mois. Des dons qui permettront de déployer le service à plus grande échelle. « On ne cherche pas à inonder Toulouse avec 50 000 boîtes en verre. On va plutôt commencer avec 200 boîtes qui seront réparties dans une dizaine de restaurants. Ainsi, on aimerait que les citoyens s’approprient la boîte sans qu’ils se sentent contraints par le service. Le développement passera nécessairement par cette appropriation » affirme Jonathan.



Le réseau local : la clé du succès de la consigne

L’ONG Zero Waste France soutient le développement de la consigne dans les territoires pour lutter contre les changements climatiques. Elle cite ainsi les résultats d’une étude de Deroche Consultant, qui révèle que localement, et en prenant en compte une distance de distribution moyenne de 260 km, une bouteille consignée réutilisée jusqu’à 20 fois émet jusqu’à 80% de moins de gaz à effet de serre qu’une bouteille à usage unique sur l’ensemble du cycle de vie. Ce résultat induit une variable clé : celle de la distance de transport. La réintroduction de la consigne n’a donc d’intérêt qu’à l’échelle locale.

Cette considération a d’emblée été prise en compte par Etic Emballages qui souhaite développer ce projet à l’échelle de la métropole toulousaine. L’équipe a mené une réflexion poussée sur la localisation des restaurants partenaires et des points de collecte des boîtes. Ainsi, les distributions et récupérations des boîtes se feront à vélo ou vélo électrique en fonction du volume quotidien. Pour le transports, le choix se fera entre des sacs à dos, une remorque ou un cargo, selon le montant de la somme récoltée. Les zones de lavage et de stockage des boîtes n’étant pas situées aux mêmes endroits, le choix des restaurants partenaires de l’expérimentation s’est fait en fonction de la localité.

« Nous avons construit un partenariat avec Elemen’terre qui nous permet d’utiliser leur lave-vaisselle pendant toute la phase d’expérimentation. Nos bureaux et notre espace de stockage des boîtes sont situés derrière la gare Matabiau dans le bâtiment Lapujade, tenu par la structure de réemploi Les Cycles-Re. En termes de logistique, nous allons proposer un rendez-vous préalable avec le restaurateur pour évaluer un stock minimum de boîtes nécessaires. Ensuite, nous resterons en communication régulière pour être réactifs aux étapes de réapprovisionnements et de récupération des boîtes salles » explique Céline.

Image : Etic Emballages
L’association cherche donc à développer un réseau local dynamique qui facilitera par essence l’appropriation du service par les usagers et les restaurateurs. « L’idée de ce service est de permettre aux utilisateurs le plus de facilité possible et ça passe nécessairement par un réseau conséquent de points de collecte. On pense proposer notamment à des épiceries vracs de devenir partenaires par exemple. […] Pendant la période de test, on pourra déjà retrouver une carte interactive sur le site pour trouver facilement un point de collecte. Et puis, on envisage de développer une application pour faciliter encore plus cet usage. » explique Jonathan.



Une réintroduction accompagnée d’une nécessaire sensibilisation

Photo : Mathilde Bouterre
On ne défait pas des habitudes en un jour, c’est pourquoi Etic Emballages a pour vocation de sensibiliser les citoyens à utiliser la consigne par le biais de différentes actions. Une sensibilisation qui passe par les restaurateurs déjà, pour les inciter à adopter le service. À ce sujet, l’association a imaginé un modèle économique qui lui permet de proposer le service tout en veillant à ne pas incommoder les restaurateurs financièrement.  « Aujourd’hui, quand on achète un plat à emporter, le prix de l’emballage est absorbé dans la note globale et est de l’ordre de 30 centimes environ en moyenne. Nous allons donc proposer un service payant aux restaurateurs qui restera du même ordre de grandeur » explique Jonathan.

Les restaurateurs seront également vecteurs de cette sensibilisation pour convaincre leur clientèle.  En échange d’une caution de quelques euros, les clients pourront donc demander à être servis dans une boîte en verre consignée à la place d’une barquette jetable classique.

À la fin de leur repas, ils pourront restituer la boîte dans un restaurant partenaire du réseau et récupérer la caution. L’association pense déjà à proposer une caution dématérialisée, et ce pour encourager encore plus les clients à faire usage de la consigne.






L’avis d’une restauratrice partenaire

Amélie, gérante du restaurant Les coudes sur la table, est la première partenaire d’« En Boîte le plat ». Avant même que l’équipe d’Etic Emballages se rapproche de son restaurant, elle cherchait déjà une solutions pour réduire sa consommation d’emballages jetable, sachant que la vente à emporter représente près d’un tiers de son chiffre. « En tant que restaurateurs, nous sommes directement concernés par cette problématique des déchets, car nous jetons beaucoup et je pense que nous avons un réel rôle à jouer pour faire changer les habitudes de consommation. » 

En termes de logistique, l’équipe du restaurant n’aura que quelques habitudes à mettre en place. Amélie ne craint pas que l’introduction de la consigne dans son restaurant incombe de grands bouleversements, mais évoque davantage une forme de transition à opérer à la fois dans le service et dans la relation aux clients.

De gauche à droite, Amélie (responsable du restaurant), Jonathan, Céline (cofondateurs d’Etic Emballages), Mariana et Chloé (employés du restaurant) – Photo : Mathilde Bouterre
« C’est une relation de confiance que nous allons tenter de construire. En sensibilisant, on souhaite leur faire comprendre qu’ils gagneront à choisir la consigne et qu’il est simple de revenir déposer sa boîte le lendemain en sachant qu’on bénéficiera d’une boîte propre à son prochain repas ».

Amélie se défend d’ailleurs d’agir au plus vite en adoptant la consigne, car elle pense qu’il est plus simple d’adopter de nouvelles habitudes par choix que par contrainte. « Dans quelques années, la restauration n’aura plus le choix, elle devra revoir ses pratiques concernant les emballages alimentaires. Autant être les premiers à montrer l’exemple pour ensuite inciter et disséminer la pratique ».

En attendant de voir se démocratiser pleinement ce service à Toulouse et certainement dans d’autres villes de France (car des porteurs d’initiatives similaires se lancent), nous vous invitons à contribuer au projet d’Etic Emballages. Que vous soyez adepte ou non de la restauration à emporter ou bien restaurateur, l’urgence de mettre en place des solutions qui changent nos habitudes de consommation en termes d’emballages plastiques est telle qu’il faut donner les moyens à ce genre d’initiative de proliférer ! Merci pour eux et pour la cause 😉 



Participez à la campagne de crownfunding d’« En Boîte le plat »

Sources :

En voir plus : 

—— Food & Com, agence gourmande et engagée  ——