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LoopEat est une entreprise de distribution de consigne réutilisable basée à Montpellier. Née en août 2019 sous l’impulsion d’Adeline Lefebvre, initialement ingénieure à Londres, la jeune société met à disposition des restaurateurs de la vaisselle réutilisable (assiettes, bols, plats, timbales, composés à 70% de PBT et 30% de fibres de verre) et cherche à développer un réseau de restaurateurs éco-responsables sur l’ensemble du territoire montpelliérain pour démocratiser l’usage de la consigne pour les repas quotidiens. Rencontre.

Adeline nous accueille dans les locaux de la French Tech, à deux pas de la Place de la Comédie. Dans cet espace de co-working lumineux, on peut rencontrer de nombreuses jeunes pousses de l’entrepreneuriat. Nous nous installons aux côtés de notre jeune entrepreneuse, un thé à la main. « J’ai commencé l’aventure il y a moins d’un an, lorsque je me suis installée à Montpellier. J’ai voulu changer de vie professionnelle pour avoir un impact plus important sur la société » explique Adeline.

Personnellement investit dans la démarche zéro déchet, l’objectif de la jeune femme est d’inviter à un changement de société au niveau des habitudes de consommation individuelles. Cette idée s’est concrétisée après avoir découvert l’entreprise reCIRCLE en juin 2019 au festival Zéro Waste France à Paris. Cette start-up est née en Suisse, il y a trois ans, et propose des Lunchbox réutilisables auprès de près de 1 000 partenaires aujourd’hui. « Je me suis basée sur leur modèle, en passant par l’organisme national Pépite qui m’a aidé pour le projet. Je fais désormais partie d’Alter’Incub qui est l’incubateur national d’Économie Sociale et Solidaire. » Ce projet, elle ne le porte pas seule. Elle s’est rapidement associée avec Stéphane Cohen, ancien restaurateur, aujourd’hui chargé de la prospection commerciale, et Clémence Hugot.

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Sur la photo : À gauche, Clémence Hugo, à droite, Adeline Lefebvre Photo : Fanny Combes

Un service clé en main

Pourquoi « LoopEat » ? « Parce que ça sonnait bien ! » plaisante Adeline. Mais plus sérieusement, le terme « Loop » signifie « boucle » chez nos voisins anglo-saxons. Ainsi, le nom fait directement référence à l’économie circulaire à laquelle l’entreprise adhère pleinement. La première étape à été de proposer un service de Lunchbox consignée disponible directement chez les restaurateurs. Le principe est simple : l’utilisateur doit déposer une consigne de 10 euros directement sur le site loopeat.fr. Suite à cela, il se rend chez un des restaurateurs partenaires armés de son QR code et repart avec sa lunchbox consignée garnie de son repas.

Le retour de la lunchbox peut se faire chez n’importe quel autre restaurateur du réseau. « Ce qu’on observe dans l’habitude des gens, c’est qu’ils réutilisent la lunchbox plus qu’ils ne la rendent, même s’ils savent qu’à tout moment, ils peuvent en bénéficier d’une nouvelle ».

Aujourd’hui, Adeline a pour ambition d’élargir ses services en proposant aux restaurateurs de seulement remplir les lunchbox en mettant en place un système de fidélité, sans faire office de dépôt et de retrait. « On essaie de rendre les choses un peu plus fun et intéressantes financièrement, ce qui permettrait aux consommateurs d’obtenir des réductions ou des desserts offerts au bout de 10 utilisations par exemple ». Cette option sera disponible dès février 2020.

« Pour l’instant, il n’y a pas de couverts avec les lunchbox, on ne veut pas trop se disperser, on veut déjà que les consommateurs se lancent, puis on se dit que ce n’est pas compliqué de prendre des couverts en inox ». Il est certain qu’adhérer à la démarche zéro déchet ne se fait pas en un claquement de doigts. Ces pratiques demandent de modifier entièrement nos modes de vie et de consommation. Les habitudes prennent souvent du temps à se défaire. Pour Adeline, il faut juste se lancer, car il est bien souvent difficile de revenir en arrière lorsqu’on perçoit les bénéfices de tels changements. Les lunchbox peuvent également faire office de doggybag à partir du moment où la nourriture sort du restaurant. Aujourd’hui, il existe environ 150 lunchbox en circulation et une quinzaine de restaurateurs proposent le service. Adeline ne fait pas de prévisions sur l’augmentation des contenants cette année, mais plus sur le nombre de restaurants partenaires. Elle aimerait qu’une centaine de restaurants adhèrent au système. « On ne se fait pas de marge sur la consigne, la rentabilité se fera sur le long terme. Le but est principalement d’arriver au plus d’utilisation possible ».

De la réduction des déchets à la sensibilisation

Adeline ne manque pas de ressources pour propager les pratiques allant vers le zéro déchet. En parallèle, la jeune société tente de mettre en place des livraisons en partenariat avec Les Coursiers Montpelliérain. Depuis le 1er mai 2019, cette entreprise permet aux habitants de se faire livrer leurs repas à vélo, midi et soir. Ces jeunes coursiers tentent de redonner du sens à un métier dont l’image a beaucoup été ternie par les grandes plateformes de livraison.

Pour se faire connaître, LoopEat ne manque pas d’ingéniosité. Les restaurateurs sont les premiers prescripteurs du service, c’est eux qui transmettent le message à leurs clients. « Généralement, ce sont leurs clients habitués qui adhèrent au concept », explique Adeline. LoopEat se charge de la consigne et distribue aux restaurateurs les lunchbox gratuitement. « On veut que tout le monde soit gagnant ! ». LoopEat et ses partenaires partagent les mêmes valeurs, la même éthique.

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Sauvage, le Romy Café, le Prairie Mimosa, Oh my Bowl ou encore Kydo sont quelques-unes des enseignes de restauration ayant souscrit au concept. Mais Adeline espère que le système se développera dans les chaînes de restauration. « On essaie de toucher des restaurants un peu moins sensibilisés à la question des déchets. On milite contre les emballages jetables, mais notre but ultime, c’est que le maximum de gens prennent leurs lunchbox et adhérent entièrement à la pratique zéro déchet ».

Par ailleurs, la start-up n’hésite pas à taper à la porte des entreprises montpelliéraines pour les encourager à fournir des lunchbox à leurs employés. Un pas de plus pour sensibiliser davantage aux problématiques générées par l’amoncellement de déchets dans le système alimentaire. Pour les entreprises, LoopEat propose des formations qui permettent de sensibiliser les employés à la réduction des déchets sur leurs lieux de travail. L’objectif étant également de développer leurs actions en lien avec la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises).

Le thème des formations peut varier en fonction des besoins de l’entreprise. Celles-ci sont dirigées par deux intervenantes expertes dans la pratique zéro déchet. « On propose de former les employés à des éco-gestes, sous forme de questions-débats : Comment gérer le zéro déchet en famille ou entre amis ? » explique Adeline « C’est aussi une belle porte d’entrée pour parler de notre service de lunchbox consignées ».

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Photo : Fanny Combes

Les consciences s’éveillent, mais les actes suivront-ils ?

Beaucoup de personnes font un état des lieux du système, constatant les impacts humains et environnementaux, mais peinent à agir véritablement. La mise en place du système de fidélité de LoopEat a pour objectif de pousser le consommateur à agir, retirant en partie des avantages économiques de son expérience. L’objectif, à terme, est bien de responsabiliser les citoyens. Mais les mentalités tardent à évoluer.

« De plus en plus de gens parlent de consignes, de plus en plus de groupes locaux de l’association Zero Waste France voient le jour ! Donc les mentalités changent, mais pour moi, il n’y a pas assez de cadres et de réglementations en place pour que cette manière de vivre se démocratise. Quand on voit que les gens commencent à peine à prendre leurs gourdes… » déplore la jeune entrepreneuse.

« On n’est pas à l’abri de se retrouver dans le même cas que les sacs plastiques. On ne fait plus de sacs plastiques en hydrocarbures, mais on fait des sacs biosourcés, qui ne sont absolument pas compostables, et qui se retrouvent enfouis ou incinérés ». Pour elle, il n’est pas cohérent que les gouvernements incitent les populations à agir tout en mettant en place des législations contraires à la démarche. C’est la politique du business as usual. Nous ne faisons que reporter les problématiques en continuant de nourrir un système à bout de souffle. « Il faut du courage politique pour faire avancer les choses ! »

Toulouse, Bordeaux, Lille, Paris, en France, de plus en plus d’entreprises consoeurs commencent à se développer et de nombreuses autres devraient bientôt voir le jour. Certaines se spécialisent dans les consignes de bouteille, mais ce qui est sûr et positif, c’est que de plus en plus d’acteurs s’investissent pour accélérer la transition vers un monde plus responsable.