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Petites Feuilles, des tisanes naturelles dans l’Aude

Anciennement ingénieur informatique à Toulouse, William Anstett est à l’origine de Petites Feuilles, une micro-production de tisanes naturelles artisanales. C’est avant tout une histoire de rencontres qui a mené William vers cette reconversion. Inspiré par des producteurs locaux, des paysans, des membres d’associations locales, le jeune ingénieur décide de quitter la ville pour devenir paysan-tisanier dans l’Aude. Aujourd’hui, sa petite exploitation d’un demi-hectare est devenue un havre de biodiversité préservé

De nouveaux horizons, une quête de sens

Son métier consistait essentiellement à concevoir des logiciels pour de grandes entreprises. Aujourd’hui, c’est la conception de tisanes qui rythme le quotidien de William. C’est en 2017 que le jeune ingénieur décide, avec sa compagne, de prendre ses distances avec la ville pour découvrir de nouveaux horizons. Le couple souhaitait avant tout monter en compétences dans des domaines qui les intéressaient beaucoup, comme celui de la botanique par exemple. Sur un coup de tête, ils s’installent alors dans un petit village audois, à deux heures de Toulouse. Sa compagne continue d’exercer son métier en tant qu’artisane dans la papeterie sur mesure, tandis que William commence à se documenter sur la paysannerie et l’herboristerie. « J’ai toujours habité en ville. Je manquais véritablement de contact avec la nature. J’ai donc tout appris sur le tas. »

Totalement néophyte, il parvient à créer sa petite exploitation de plantes médicinales selon des méthodes ancestrales. Récoltes à la main, séchage à basse température, etc., le jeune paysan-tisanier se prend alors d’une passion pour cette pratique agricole. De nombreuses rencontres et un apprentissage fin des caractéristiques de son territoire lui ont été nécessaires pour aller au bout de son idée. Selon lui, ce sont justement les paysans qui façonnent le paysage rural.

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Photo : Petites Feuilles

« Aujourd’hui, tout passe par des produits chimiques, et quand on commence à découvrir l’univers des plantes, on se rend compte de tout ce qu’elles ont à nous offrir, et de tout ce qu’elles ont offert à l’humanité durant des siècles ».

Pour lui, les Hommes se sont détournés des choses essentielles, et son métier lui permet aujourd’hui de retrouver cette humilité. Il a pu également compter sur le soutien de l’Adear 11 pour créer son projet. Cet organisme aide les nouveaux producteurs à s’installer et milite pour le maintien de l’agriculture paysanne. William a alors suivi de nombreuses formations et stages qui lui ont donné les clés du métier. Il a suivi, entre autres, un module de formation d’un an à distance au sein de l’école des plantes médicinales de Lyon. Une formation qui reste une référence pour lui.

Produire le plus naturellement possible

Fruit d’un long travail d’observation et d’attention, la production de tisanes se fait uniquement à base de plantes sèches. « Je ne fais pas d’huiles essentielles ou de produits cosmétiques. Pour diverses raisons, je me suis limité à la production de tisanes. » En effet, ces productions nécessitent une grande surface cultivable, du matériel et des investissements bien plus conséquents. William souhaite éventuellement diversifier sa production, mais il estime que la culture de plantes sèches est assez prenante pour le travail d’une seule personne. La production de tisanes est habituellement une activité annexe des fabricants d’huiles essentielles et de cosmétiques. Il est rare que des paysans se consacrent exclusivement à cette activité. Son objectif était donc d’équilibrer l’offre sur la région sans empiéter sur les productions déjà existantes.

Dès le printemps 2018, William a fait la demande de certification Agriculture Biologique pour ses productions. « J’avais également l’envie d’être certifié par le Syndicat des Simples, qui est un syndicat professionnel de producteurs de plantes aromatiques. »

Similaire à la mention Nature & Progrès, ce syndicat propose une marque de certification basée sur un cahier des charges poussé sur les méthodes de culture et de transformation. Un cahier des charges, correspondant totalement à ses attentes, qui l’a aidé dans son installation.

L’exploitation Petites Feuilles est donc certifiée depuis fin d’année 2019. « C’est un secteur qui n’est pas économiquement rentable, mais ce qui m’intéressait c’était d’apprendre à connaître les plantes, de jardiner et de produire des tisanes naturelles qui respectent les consommateurs. »

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Photo : Petites Feuilles

Une reconversion devenue passion

William développe petit à petit une véritable fascination pour ses plantes. Bien qu’elles nécessitent beaucoup d’entretien, leur contact lui est bénéfique. Utiliser l’ensemble de la plante, préserver sa forme naturelle, transformer simplement en séchant sont autant de techniques naturelles auxquelles notre paysan-tisanier ne déroge pas. « Une fois séchées, les plantes se conservent entre six mois et deux ans. Pour proposer une gamme complète de produits, il faut avoir terminé toute la saison de cueillette. » William se charge ensuite de la composition des tisanes. Il prend d’abord en compte leur aspect « médicinal », puis réalise un travail de sélection entre les goûts, les odeurs et les couleurs.

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Photo : Petites Feuilles
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Photo : Petites Feuilles

Bien qu’il ne soit pas autorisé à faire usage de termes médicaux pour parler de ses préparations, William reste persuadé que celles-ci ont de réels bienfaits sur le corps et l’esprit et n’hésite pas à le mentionner. « La législation fait que nous sommes très limités dans notre façon de parler des produits. Mais globalement, il n’y a pas de charlatanisme sur la question, les producteurs qui ont une éthique parlent de leurs produits en les connaissant vraiment. »

Certaines plantes sont utilisées depuis la nuit des temps pour la médecine et aujourd’hui des études confirment leurs effets. « Je cultive de la sauge et je n’hésite pas à expliquer à mes clients les bienfaits de cette plante. Ce qui ne m’empêche pas non plus de les mettre en garde, car sa consommation, sur le long terme, peut provoquer de l’hypertension. » Pour lui, communiquer est essentiel afin que les gens puissent se réapproprier cet art médicinal.

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Photo : Petites Feuilles

Un monde agricole véritablement en transition ?

Malgré sa certification, William juge que la culture biologique telle que l’entrevoit le cahier des charges AB, a de nombreuses limites. « Mon exploitation est certifiée AB, mais finalement cette certification ne garantit pas une agriculture totalement durable. Je pourrais très bien l’avoir obtenu avec une grande exploitation, en utilisant des tracteurs qui consomment du pétrole, en pratiquant le labour, etc. ».

Même s’il l’estime trop laxiste, il reste conscient que cette certification doit répondre à la réalité du monde agricole actuel. Les producteurs ne peuvent entièrement modifier leurs façons de travailler sur le court terme, le changement ayant un coût bien trop conséquent. Par ailleurs, il voit en cette certification une transition vers de meilleures pratiques. « Il est important de reconnaître que cette certification est un premier pas vers une agriculture plus durable, mais il faut reconnaître également que ce n’est pas un aboutissement en soi. On peut aller beaucoup plus loin dans la démarche et c’est ce que je m’emploie à faire dans ma petite exploitation. »

 Rendez-vous sur le site de l’exploitation Petites Feuilles.