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Pour les Français et pour la majorité des ménages dans le monde, le mois de décembre est synonyme de surconsommation, d’achats sur internet, d’emballages cadeaux, de célébration des excès, et de repas de famille. Tout cela n’est pas sans conséquence : nos modes de consommation ont un impact sur nos émissions de carbone et sur l’environnement. Nous avons tous l’image des samedis après-midi au supermarché, quelques jours avant le réveillon, avec le défilé de caddies débordants de produits pour agrémenter les tables de fête. Les extravagances sont souvent de mise et les marques de produits alimentaires se font un plaisir d’attirer notre œil de consommateur avec des packagings toujours plus innovants et originaux.

Étude sur deux typologies d’achat en supermarché

Vous êtes-vous déjà posé la question de ce que représentait la quantité de déchets générés par la confection de vos repas de fête ?

Prenons le temps ensemble de décortiquer les achats pour un menu de fête et leur impact.

Selon une étude de l’INSEE parue en 2014, plus de 70% des Français font leurs courses de grande consommation dans les supermarchés. Il a également été recensé qu’en moyenne, nous passons 2h45 par semaine dans un supermarché à recharger nos provisions alimentaires. Dans une société de consommation où l’on vit à mille à l’heure, il est difficile d’imaginer que tous les citoyens prennent le temps de regarder chaque emballage, chaque produit, et l’impact environnemental qu’ont ceux-ci.

Cependant, certains choix, lorsqu’ils sont un peu réfléchis, peuvent être très impactant, sans pour autant nécessiter une grande connaissance des emballages alimentaires ou mobiliser beaucoup de temps lors des courses. Nous avons décidé d’illustrer la différence d’impact engendrée par deux typologies d’achat pour un même menu de fête.

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Prenons l’exemple d’un menu végétarien adapté pour un repas de fêtes de fin d’année :

  • Œufs cocotte montagnards au confit d’oignons et au fromage fermier
  • Risotto crémeux au pesto, aux champignons et sa tuile de parmesan
  • Tarte poires chocolat et marrons

 

Liste de courses associée :

  • Œufs
  • Crème
  • Fromage
  • Oignons
  • Champignons
  • Riz à risotto
  • Basilic
  • Huile d’olive
  • Parmesan
  • Pâte à tarte
  • Poires
  • Crème de marrons
  • Chocolat

Nous avons dressé la liste d’ingrédients nécessaires à la réalisation de ce menu et nous sommes rendus en supermarché. Pour 6 personnes, nous nous étions fixé un budget de 30 euros pour l’ensemble des ingrédients.

Nous avons effectué l’ensemble des achats deux fois :

– Un premier caddie avec les produits les plus populaires, sans faire attention aux emballages.

– Un second caddie avec les mêmes produits, mais avec un geste d’achat plus réfléchi quant à la quantité de déchets produits et la recyclabilité des emballages.

Pas besoin de passer deux fois plus de temps dans les rayons, l’instinct de citoyen en transition écologique est assez bon !

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Achats non réfléchis - Photo : Océane Lepâtre
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Achats réfléchis - Photo : Océane Lepâtre

La comparaison visuelle des deux paniers soulève déjà quelques remarques : il est fort probable que la quantité de déchets produite soit différente. Le panier composé d’achats plus réfléchis présente beaucoup moins d’emballages et de suremballages que l’autre panier. Afin de comparer et quantifier les effets que peuvent avoir ces deux typologies d’achat différentes, nous avons réalisé une analyse d’impact pour chacun des emballages présents dans chacun des paniers.

Analyse d’impact

En quoi consiste une analyse d’impact ? Cette analyse a été réalisée à l’aide d’un logiciel d’analyse de cycle de vie. Dans le cadre de notre étude, nous avons décidé de nous intéresser uniquement aux matériaux ainsi qu’au poids des emballages. L’impact évalué sera donc estimé en fonction de la quantité de déchets générés et de leur caractère recyclable ou non.

Bien entendu, ce ne sont pas les seuls éléments à prendre en compte pour comparer des emballages et l’incidence environnementale de nos achats. Plusieurs autres facteurs entrent en compte, comme la durée et le moyen de transport qui ont été nécessaires à l’importation de l’emballage jusqu’à l’usine de conditionnement, puis du produit conditionné jusqu’au supermarché… et la liste des transferts peut être longue. Acheter local et réduire un maximum les circuits de distribution est un des leviers principaux pour réduire l’impact de nos achats.

Ici, nous nous intéressons donc dans un premier temps uniquement aux matériaux et quantités de déchets.

Après avoir cuisiné le menu de Noël végétarien, voici ce qu’il reste de nos achats :

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Achats non réfléchis - Photo : Océane Lepâtre
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Achats réfléchis - Photo : Océane Lepâtre

À gauche de chaque photo, la part recyclable des emballages. À droite, la part à jeter dans la poubelle d’ordures ménagères. Visuellement, c’est assez marquant. Pour un repas de fête en famille ou entre amis, la poubelle se remplit considérablement. Vous étiez-vous déjà plié à cet exercice ? Aviez-vous déjà eu en main la quantité de déchets que vous aviez produite pour un seul repas ? Il est important de nous rendre compte des déchets que nous produisons afin de nous motiver à entrer dans une démarche de réduction d’impact citoyen.

Les achats non réfléchis ont provoqué plus de 100 grammes de déchets en plastique à jeter dans la poubelle d’ordures ménagères. Ce sont 100 grammes qui seront incinérés, 100 grammes d’emballages aussitôt achetés aussitôt jetés. Seulement 25% des emballages de ce panier sont à trier pour être recyclés.

Les achats réfléchis ont engendré 80% de déchets en moins, ce sont 20 grammes qui se sont retrouvés dans la poubelle. En faisant un peu attention à nos achats, en achetant des produits au même prix, sans passer plus de temps dans les rayons du supermarché, nous avons réduit de 80% notre production de déchets. 60% des emballages achetés de manière responsable dans le panier réfléchi sont des emballages recyclables qui sont à jeter dans les différents bacs de tri.

En plus de la quantité de déchets engendrés ainsi que leur recyclabilité, nous nous sommes intéressés à l’impact carbone que ces deux typologies d’achat entraînaient. Les informations concernant le poids et le matériau de l’emballage permettent d’obtenir une valeur de contribution à l’effet de serre, en « grammes équivalents de CO2 rejeté » (g Eq CO2). Cette unité a été développée par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) afin de pouvoir dresser des comparaisons d’impacts. Il s’agit d’un outil simplifié qui fournit un ordre de grandeur des émissions, et qui permet avant tout de pouvoir illustrer la différence d’impact carbone entre deux objets, produits, situations. C’est avant tout une aide à la prise de conscience et à la prise de décision.

Afin de situer un ordre de grandeur, un kilomètre parcouru en voiture individuelle émettrait une centaine de g Eq CO2.

Dans le cas de notre menu de Noël, les déchets engendrés par les emballages représentent :

400 g Eq CO2 pour les achats réfléchis (soit 4 km parcourus par une voiture)

680 g Eq CO2 pour les achats non réfléchis (soit presque 7 km parcourus par une voiture).

Les achats non réfléchis représentent plus de 1,5 fois plus d’émissions de carbone que les achats réfléchis. Ça fait réfléchir…

Les chiffres ont montré que nos actes en tant que consommateur avaient une réelle incidence, qui pouvait être réduit en adoptant de bonnes habitudes.

Les choix d’emballages

Quelques bonnes habitudes sont à adopter pour diminuer l’impact de nos paniers de courses et entrer dans une démarche de plus en plus écocitoyenne.

En nous basant sur notre exemple de menu de fête végétarien, les bons réflexes à adopter sont très simples :

Acheter les fruits et légumes en vrac ! Tous les supermarchés le proposent, c’est le geste le plus simple et le plus instinctif à adopter. Préférez les sachets en papier aux sachets en plastique bio-sourcé, bien que compostables. Vous pouvez même venir avec vos propres sacs en tissu ou sacs réutilisables pour ne produire aucun déchet.

Dans notre exemple, les champignons ainsi que le basilic étaient emballés dans une barquette en plastique entourée de film plastique. Ces deux emballages représentent à eux seuls plus de 120g Eq CO2… qui peuvent facilement être évités.

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Photo : Mathilde Bouterre

Préférer les emballages que vous savez recyclables (bouteilles en verre, conserves métalliques, boîtes en carton). Le plastique, ce n’est pas fantastique.

–  Le moins est l’ami du mieux. De manière générale, plus l’emballage est complexe ou composé de plusieurs éléments, plus il va générer de déchets. Choisissez des produits emballés simplement et transportant le moins d’air possible.

Ces gestes simples permettent de réduire votre impact carbone au quotidien en agissant sur les emballages de vos produits alimentaires. Êtes-vous convaincus ? Allez-vous adopter une démarche plus responsable lors de vos futures courses de fêtes de fin d’année ?

Nous avons constaté que l’on pouvait réduire notre impact au niveau des emballages… Et si on le réduisait à zéro ? Nous nous sommes intéressés dans cette étude à des achats classiques en supermarché, car cela représente le mieux l’activité consommatrice des Français aujourd’hui. Il existe pourtant d’autres solutions pour consommer autrement et produire zéro déchet.

Le 0 impact ?

La totalité de ce repas de fête aurait pu ne pas générer un seul gramme de déchet d’emballage. Huile, chocolat, œufs, fromage, crème… Tous ces produits peuvent être achetés en vrac dans des magasins bio ou des magasins spécialisés. Ces magasins sont de plus en plus nombreux, notamment dans les grandes villes, et permettent d’acheter des produits d’alimentation sans produire de déchets. Il vous suffit de vous armer d’emballages réutilisables (sacs en tissu, bocaux en verre…) pour acheter les ingrédients nécessaires.

Tout citoyen peut agir à son échelle. Observez votre production de déchets à l’échelle individuelle, prêtez-y attention, et commencez à la réduire. Même pendant les fêtes, il est possible et facile d’adopter un mode de consommation responsable simplement en prenant les bonnes initiatives.

À propos de l’auteure : 

Océane s’est formée sur le sujet des emballages sur les bancs de l’école, à l’IUT de Chambéry, grâce à une formation en packaging et conditionnement. Sensible à l’impact des hommes et de leurs activités sur l’environnement, elle décide de s’intéresser à l’éco-conception et la gestion des déchets. En 2018, elle part avec une amie autour de l’Europe pour parcourir les supermarchés à la recherche des bonnes pratiques en terme d’éco-conception des emballages et pour étudier les modes de gestion de tri et de collecte des déchets. Aujourd’hui, Océane souhaite comprendre le fonctionnement des écosystèmes terrestres pour pouvoir à orienter les décisions économiques et sociales en faveur de l’environnement, et continue pour cela ses études en écologie scientifique.