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Selon une étude (Opinion Way W/ French Food capital), 86% des français interrogés font attention à leur alimentation. Une préoccupation grandissante à l’heure de la mode du « bien manger », des scandales répétés de l’industrie agro-alimentaire, et du constat environnemental plus qu’alarmant. Pour y remédier, des initiatives fleurissent. Partons à la découverte d’un mouvement, qui au cours de ces dernières années a pris une ampleur mondiale : le Slow Food.

Le Slow Food constitue un besoin nécessaire à une transition alimentaire souhaitable, et se place au croisement de multiples préoccupations.

Pour en parler, nous avons rencontré Anna Closa, partisane du mouvement depuis 2006, et présidente de Slow Food Midi Toulousain.

De la graine à Slow Food

1986, Rome. McDonalds, figure emblématique du capitalisme et de l’expansion de la malbouffe souhaite s’implanter au cœur de la capitale italienne. Mais c’est sans compter sur l’opposition d’un groupe de protestataires et militants, mené par un certain Carlos Petrini, chroniqueur gastronomique.

Ensemble, ils créent un vent de contestation envers les fast-food, la fast-life plus globalement, et tentent de préserver les traditions alimentaires locales : c’est l’éclosion de Slow Food.

Lors de notre rencontre, Anna nous a précisé que la genèse du projet s’intéressait seulement à la production viticole italienne, victime de l’industrialisation. Ce secteur d’activité a souffert de la disparition des techniques et savoir-faire artisanaux séculaires. Ce n’est que plus tard que Carlos Petrini et ses acolytes se sont rendus compte qu’une quantité d’autres denrées étaient impactées par ce phénomène de raréfaction.

Prendre son temps

Slow Food revendique une agriculture diversifiée,  plurielle, locale et paysanne. L’ONG désire sensibiliser les citoyens à l’écogastronomie, soit la gastronomie qui prend en compte la préservation de l’environnement, tout en valorisant le patrimoine culinaire mondiale.

La notion de « slow » prend alors tout son sens : prendre son temps. Prendre le temps de choisir ses produits, de les connaître. Prendre le temps de les cuisiner, et de les savourer. La lenteur, une notion que nous connaissons peu, à l’heure de l’immédiateté. D’ailleurs, en français, ce terme revêt une connotation plutôt péjorative, vectrice de frustration.

À contrario, Slow Food milite pour une meilleure prise de conscience de ce qui nous entoure, pour faire les bons choix. Cette volonté est présente dans les bases fondatrices du mouvement : bon, propre et juste.

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Photo : Mathilde Bouterre

« Une alimentation bonne, propre, juste et pour tous. On a rajouté « pour tous » parce qu’effectivement on s’est rendu compte que ça manquait, même si c’était induit. » explique Anna. Slow Food se veut inclusive, et accessible de tous.

1001 missions

Slow Food milite au travers de divers projets avec pour objectif de valoriser et aider les producteurs à sauvegarder une agriculture durable. On peut compter à son actif : les Sentinelles, l’Arche du Goût ou l’Alliance des cuisiniers.

Slow Food s’est plus particulièrement engagé sur le continent africain, à travers les « 1000 Jardins en Afrique», conformément à son idéologie.

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Photo : Mathilde Bouterre

En effet, ce mouvement considère que les solutions aux problèmes de sous-alimentation au Sud, et de malnutrition au Nord passent par une meilleure connaissance des cultures alimentaires. Ce projet consiste donc à aider les populations locales à mettre en place une agriculture respectueuse de la biodiversité, de la culture locale et des paysans.

La philosophie de Slow Food est aussi diffusée grâce aux 1300 convivium répartis dans le monde. Un convivium est une association locale qui organise des manifestations et activités. Ensemble, ils représentent la colonne vertébrale de Slow Food.

Anna précise que chaque convivium fonctionne différemment.

Ainsi le convivium Midi Toulousain organise des animations et ateliers pour sensibiliser les citoyens. Des manifestations qu’ils organisent à diverses occasions et notamment au sein d’épiceries bio et vrac comme l’épicerie Ô local Bio, à Toulouse (quartier Saint-Michel). Autre exemple, au Sénégal, un convivium ainsi que des chefs cuisiniers locaux du réseau Terra Madre, ont monté un projet « Mangeons Local ». Il s’agit d’un programme éducatif qui met l’accent sur l’agriculture locale et les traditions alimentaires.

Soyez Slow Food

Slow Food dépasse le cadre de l’ONG, et sème des graines un peu partout sans que l’on ne s’en aperçoive. De nouveaux commerces émergent avec cette idée mais sans se revendiquer comme tel. C’est le cas de Sixta, un restaurant et salon de thé en plein cœur de Toulouse.

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Photo : Mathilde Bouterre
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Photo : Mathilde Bouterre

« J’ai compris que si je voulais monter un restaurant, il fallait qu’il ait quelque chose d’un peu atypique. Et si ce n’était qu’un restaurant végétarien, finalement ce n’était pas si original que ça. », nous raconte Benoit Guerche, le gérant du restaurant. Ce dernier propose de savourer des plats healthy et généreux, concoctés à partir de produits de qualité et locaux, minutieusement choisis. Et le petit plus, Sixta dispose d’un espace sieste, qui s’ancre totalement dans sa philosophie de restaurer le corps, et l’esprit. « Le mot d’ordre : se restaurer dans tous les sens du terme. Se restaurer le corps, avec une alimentation saine, bio, éthique, et se restaurer le mental, avec la pratique de la sieste. »

Au-delà du concept même du restaurant, on retrouve les valeurs de Slow Food dans la cuisine proposée. « Mon souhait c’était que l’on fasse de la cuisine, bio, saine, mais surtout de la cuisine ouverte à tous. »

Ce restaurant/salon de thé propose ainsi pour un déjeuner, d’arrêter le temps, et de savourer dans un cadre ravissant.

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Anna Closa - Photo : Mathilde Bouterre

Un avenir florissant

 Slow Food est la preuve que nos préoccupations pour notre alimentation changent. Nous faisons de plus en plus attention à la qualité de nos produits, et aux savoir-faire qui se cachent derrière. On peut également observer une multiplication des régimes alimentaires aux restrictions alimentaires toujours plus sophistiqués, qui là encore exposent une volonté commune de vouloir faire attention à notre consommation. Bien que considéré comme intimiste lors de son émergence dans la fin des années 80, le mouvement Slow Food devient à présent une nécessité, et s’implante durablement dans notre quotidien.

Article rédigé par Sélène Llamas, étudiante en seconde année à l’IUT A Ponsan Information-Communication de l’Université Toulouse III – Paul Sabatier.

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