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Retour sur une initiation à la permaculture avec l’association Symbi’Ose

Cela faisait déjà un moment que nous souhaitions découvrir plus concrètement la pratique de la permaculture. Après avoir lu quelques incontournables, après avoir dédié une émission de radio sur le sujet et après avoir visité quelques exploitations pratiquant cette forme d’agriculture, nous pensions qu’une micro-formation nous permettrait de comprendre tout ce que la permaculture peut apporter pour la transition écologique et personnelle.

Nous voici donc fin juillet 2019, après deux épisodes caniculaires qui auront réussi à laisser des traces. « Il faudra s’y habituer !!! » nous clament les scientifiques du monde entier. Oui, il faudra surtout s’y adapter… et la permaculture nous y aidera très certainement !

En cette fin de semaine, alors que nous nous apprêtions à commencer notre stage en permaculture, nous redoutions une nouvelle fois subir les supplices d’une chaleur ardente. Heureusement pour nous, la pluie est au rendez-vous. Nous partons, direction la campagne tarnaise équipés de bottes de pluie et de Kway.

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Photo : Morgane Bouterre

Symbi’ose, rencontre avec une association au service du vivant

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Stage de permaculture

Située à Roquevidal près de Lavaur, cette association créée en 2015 s’est donné pour mission d’interpeller et de participer à la sensibilisation de l’être humain quant à sa place dans son environnement. Ainsi, elle forme et agit à travers toute activité visant la réalisation d’une relation épanouie entre l’être humain et la nature dont il fait partie, mais également entre l’être humain et lui-même.

Et c’est le fondateur, Olivier de Rycke, Belge d’origine, qui sera notre formateur. Agronome, psychopédagogue, animateur en agroécologie, designer en permaculture, et maître composteur, son visage souriant et son accueil passionné nous inspire dès le départ.

L’association est, par ailleurs centre de formation partenaire de Terre & Humanisme, le mouvement pour une agriculture écologique, humaine et solidaire inspiré de Pierre Rabhi.  Dans sa ferme expérimentale de quelques hectares, Olivier accueille donc toute l’année amateurs et professionnels à l’occasion d’ateliers, de stages et de formations autour de l’agroécologie, de la permaculture, d’initiation à la reconnaissance des plantes sauvages et comestibles, etc. Il propose également un accompagnement et des conseils aux particuliers, mais aussi aux collectivités et institutions dans l’élaboration et la mise en place de projets et organise occasionnellement des rencontres pour échanger et réfléchir sur les thématiques de l’association.

Réfléchir ensemble… prémices de la permaculture

Nous qui pensions passer une bonne partie de la formation à jardiner, nous sommes finalement bien loin du compte. Ce sont surtout des discussions et des réflexions qui ont jalonné la majeure partie de la formation. Déjà, pour comprendre ce qu’est et ce que n’est pas la permaculture, mais aussi pour nous faire prendre conscience de son intérêt pour entamer une transition écologique et personnelle. Au travers de questionnements, de petits jeux et de mises en situation, cette formation permet d’acquérir les notions de base de la permaculture et d’entrevoir une première approche des outils qui permettent sa mise en application.

Entrons dans le vif du sujet : qu’est-ce que la permaculture ?  

Il serait réducteur d’assigner une stricte définition au concept de permaculture, et ce pour la simple et bonne raison qu’elle englobe des pratiques et domaines aussi divers que variés.

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Stage de permaculture

On peut tout de même remonter une première conceptualisation au microbiologiste japonais Masanobu Fukuoka dans les années 70. Doutant des progrès de l’agriculture scientifique (labour, engrais, pesticide), il décide de démissionner du Bureau des Douanes de Yokohama pour se consacrer au développement d’une agriculture dite naturelle. Une approche qui prend son sens dans l’unification spirituelle entre l’Homme et la Nature. À partir des années 1980, Masanobu et ses expérimentations rencontrent une reconnaissance mondiale et sa ferme devient un lieu d’échange sur ses pratiques pour les experts et les curieux du monde entier. Il écrit La Révolution d’un seul brin de paille, publié au Japon en 1975 pour raconter la théorie ressortie de sa pratique de l’agriculture naturelle. Le microbiologiste japonais explique qu’en laissant au maximum faire la nature et en limitant l’intervention humaine, le rendement de sa production de riz est bien meilleur qu’en agriculture classique.

Une première approche, mais il est sûr que cette pratique s’exerçait à travers le monde bien avant d’avoir été théorisée. On attribue cependant la première définition du concept de permaculture aux scientifiques australiens Bill Mollison et David Holmgren dans les années 70. Ils fondent le terme « permaculture », contraction entre « permanent » et « culture ». C’est avec eux qu’on commence à entendre parler d’une éthique comme fondement de l’approche même de la permaculture. Leur pensée figure dans plusieurs ouvrages très étayés. Cette approche est donc envisagée dans une application agricole. Mais son approche a évolué pour prendre en compte toutes les solutions locales qui limitent l’impact des activités humaines sur la planète. Ainsi, nous comprenons que la permaculture s’inspire des lois naturelles qui régissent les écosystèmes naturels pour organiser la vie humaine de la manière la plus harmonieuse possible. En d’autres termes, il s’agit d’une éthique qu’on applique comme outil pour la conception de lieu ou de projet.

L’éthique de la permaculture

Notre formation s’articule bel et bien autour de la compréhension de cette fameuse éthique. Nous ne parlons donc pas de pratique, mais d’éthique qui guide nos pratiques.

Olivier nous explique alors les trois piliers de cette éthique, trois principes fondateurs qui doivent être respectés.

  • Prendre soin de la Terre, protéger tout ce qui vit sur Terre
  • Prendre soin de l’humain
  • Partager équitablement les ressources et redistribuer les surplus (car oui, rappelons à toutes fins utiles que notre planète a des ressources limitées et que notre société humaine est inégalitaire).

En ce sens, la permaculture inclut toutes les activités humaines, et ce quel que soit le domaine d’application.

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Stage de permaculture

Des trois piliers découlent 12 principes/guides pour la mise en pratique :

  • Observer et interagir
  • Capter et stocker l’énergie
  • Obtenir une récolte, une production de richesse
  • Appliquer l’autorégulation et accepter les rétroactions
  • Utiliser et valoriser les ressources et les services renouvelables
  • Éviter la production de déchets
  • Concevoir le design d’ensemble avant d’en venir aux détails
  • Intégrer plutôt que séparer
  • Adopter des solutions modestes et lentes Favoriser la biodiversité
  • Repérer et valoriser les « effets de bordures »
  • Réagir aux changements de façon créative

Ces principes en poche, nous partons à la rencontre du jardin d’Olivier. Notre objectif, observer et découvrir comment ces 12 principes prennent sens concrètement.

Nous commençons par observer le paysage environnant. De quoi est-il constitué ? Comment peut-on l’inclure dans notre projet de permaculture ? Ici, nous sommes entourés de champs en monoculture de maïs cultivés en agriculture conventionnelle. Plus loin, quelques sous-bois sont visibles, ce qui signifie que nous pouvons penser qu’une importante biodiversité vit à cet endroit-là. Voilà, un des principes vient d’être mis en œuvre. Nous avons repéré « effets de bordures » et Olivier les a valorisés dans son projet de jardin permaculturel.

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Pluviomètre

Nous parcourons le jardin à la recherche de ces principes mise en pratique. Récupérateur d’eau, buttes lasagne, association de culture, marre, haies composées, hôtel à insectes, ombrières, mandala, couvert végétal, culture sur carton… , sont autant de pratiques qui répondent aux principes de la permaculture.

OBREDIM, ou comment créer son design de projet

Deuxième jour de formation. Maintenant que nous avons découvert les fondements de la permaculture, il est temps de passer à la pratique. Oui, mais toujours pas au jardin. Si vous avez bien suivi notre propos, vous savez maintenant pourquoi 😉

Ce second temps de formation est consacré à l’élaboration du design permaculturel. Avant d’aller plus loin, énonçons encore quelques principes. Le terme « design » en permaculture est issu d’un anglicisme désormais employé dans le monde entier qui évoque un ensemble de pratiques destinées à concevoir, à planifier, à aménager, à structurer notre espace, notre projet ou encore notre groupe, tout dépend de la nature de notre domaine d’application.

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Principe de zonage – Copyrights : Permaculture humaine, des clés pour vivre la Transition, Bernard Alonso et Cécile Guiochon, écosociété, 2016

Mais ce design ne s’invente pas tout seul et n’est pas une science exacte. Non, de temps, de patience, de créativité, de résilience et d’adaptation nous aurons besoin pour créer ces interactions bénéfiques et harmonieuses que nous recherchons dans notre projet. Le design est un processus évolutif tout comme l’est la nature.

Pour ce qui est de l’application, nous choisissons le nouveau jardin de Mathilde. Une parcelle de 600 m² à désigner. Mathilde nous propose donc une schématisation des lieux et partage son  « cahier des charges », en d’autres termes ces attentes.

Olivier nous propose donc un outil pour nous guider dans le processus de design appelée OBREDIM. En vérité, cette méthodologie pourrait s’appliquer bien au-delà du champ de la permaculture.

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Croquis des jardins à désigner

7 étapes sont à respecter :

1 – Observer la situation. On pourrait ajouter que cette observation doit se faire sans jugement, sans analyse, mais simplement en constatant ce qui se passe, ici et maintenant. Exemple en lien avec notre projet : Quelle est l’exposition de mon terrain ?  Y a-t-il une pente ?  Quels sont les vents dominants ? Y a-t-il des zones froides ? Qu’est-ce qui pousse sur mon terrain ? Quelles sont les plantes bio-indicatrices ? Qui sont les animaux présents naturellement ? Qui sont mes voisins ?

2 – Identifier l’effet bordure. Cette notion dont nous avons parlé plus haut a été mise en évidence par Bill Mollison et David Holmgren pour « désigner la zone d’échanges particulièrement fertile qui se développe à la lisière de deux environnements distincts ». Nous parlons ici de forêts, de bosquets, de prairies, de marres, de rivières… tous ces écosystèmes pouvant, pour certain, être issus de millénaires d’évolution aux sols souvent bien plus riches. Cette diversité et cette richesse, nous devons pouvoir coopérer avec.

3 – Déterminer les ressources disponibles et les besoins à satisfaire. Les ressources naturelles comme l’eau, le soleil, les matières organiques, les animaux, mais aussi les ressources « humaines » comme l’argent, le temps, les valeurs, les limites que je m’impose…

4 – Évaluer et trier les données recueillies. L’idée est de synthétiser l’ensemble des paramètres et d’en ressortir les éléments clés. Ce qui nous permettra d’estimer si notre projet est réalisable ou non.

5 – Designer ! Là nous entrons dans le vif du sujet. Il est temps désormais d’esquisser la maquette de notre projet. Il est intéressant de découper notre terrain en zone. Ces zones sont optimisées pour répondre aux piliers de la permaculture énoncés plus haut. La Zone 0 correspond à notre espace de vie, la Zone 1 représente une zone dans laquelle on se déplace tous les jours (jardin, compost, serre par exemple) et ainsi de suite en fonction de l’intensité de l’usage de la zone en question.

6 – Implantation. Le design conçut, il est temps de passer à sa mise en œuvre en n’oubliant pas que des imprévus feront toujours obstacle à notre idée première et qu’un des principes de base de la permaculture est d’accepter les rétroactions. Autrement dit, accepter d’éventuels retours en arrière.

7 – Maintenir le système. C’est là que le temps et l’observation restent nos meilleurs alliés. Il faut compter un minimum de 3 ans pour qu’un écosystème permaculturel s’autorégule. Maintenir, adapter, rétroagir sont autant de préoccupations qui doivent nous guider tout au long de la vie du projet pour le faire perdurer dans le temps.

Armés de cette méthode, nous nous remuons les méninges pour élaborer le meilleur design possible pour le jardin de Mathilde.

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Design du jardin de Mathilde

Ce que nous en retenons

Nous terminons ces deux jours de formation remplis de bonnes ondes. Déjà, car nous avons eu la chance de rencontrer Olivier, une personne formidable, habitée par un humanisme et un altruisme rare. Cette transmission, riche de sens, fait que cette formation est d’abord une expérience de rencontres humaines. Nous avons tous transmis. Nos pensées, nos savoirs, nos interrogations…  Nous avons tous donné de nous-mêmes, pris le temps de réfléchir ensemble au monde et d’imaginer un futur souhaitable. Certains parleront de la permaculture comme d’une utopie. Seuls ceux qui la pratiquent prouveront que c’est bien faux ! Et après tout, comme le disait Oscar Wilde, « Aucune carte du monde n’est digne d’un regard si le pays de l’utopie n’y figure pas ».

Concluons en résumant ce qu’est et ce que n’est pas la permaculture :

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Ressources documentaires :

  • Vivre avec la Terre, Manuel des jardiniers-maraîchers, Tome I, II et III, Perrine & Charles Hervé-Gruyer, Actes Sud, 2019
  • Permaculture, Guérir la Terre, Nourrir les Hommes, Perrine & Charles Hervé-Gruyer, Actes Sud, 2017
  • Débuter son potager en permaculture, Nelly Pons, Actes Sud, 2017
  • La permaculture au jardin mois par mois, Damien Dekarz, Terran Editions, 2019
  • Introduction à la permaculture, Bill Mollison, Passerelle Eco, 2013
  • Permaculture humaine, des clés pour vivre la Transition, Bernard Alonso et Cécile Guiochon, écosociété, 2016

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