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Vous savez sans doute que l’abeille ainsi que les insectes pollinisateurs sont indispensables au maintien des écosystèmes vivants. En se nourrissant du nectar des fleurs, ces insectes pollinisent d’autres fleurs et permettent la fécondation des plantes. Leur rôle est donc crucial pour la préservation de notre biodiversité alimentaire. Alors oui, clairement, l’abeille, comme la plupart des petites bêtes sont très souvent malmenées par d’autres espèces. Je pense notamment à la nôtre, qui ne cesse de la martyriser avec son agriculture intensive.

N’oublions pas qu’il s’agit de l’unique insecte qui produit des aliments consommables pour nous les humains. Pour vous donner envie de la protéger, je vous propose de découvrir tout ce dont elle est capable, et ce qui en fait un insecte hors du commun ! Vous n’allez pas être déçus 😊

L’abeille de son doux nom latin « Anthophila » est un insecte hyménoptère faisant partie de la superfamille des Apoïde. Les abeilles peuvent être classées selon leur mode de vie : abeilles domestiques ou sauvages, solitaires ou sociales, etc. Il existe quelque 20 000 espèces d’abeilles dans le monde. Enfin, ça, c’est ce que nous avons réussi à répertorier car comme tous les organismes de petite taille, il est fort à parier que nos recherches soient encore incomplètes. Dans notre beau pays, nous pouvons en dénombrer déjà plus de 1000 différentes ! Et voilà, je vous avais dit que vous apprendriez des choses en vous arrêtant ici.

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Photo : Mathilde Bouterre

De jaune et de noir

Intéressons-nous un instant à ses caractéristiques physiques. Sur sa tête, vous retrouverez les antennes, singularité chez les insectes hyménoptères. De son thorax partent 2 paires d’ailes et 3 paires de pattes. À l’extrémité de son abdomen se cache son dard. Elle porte 10 paires de stigmates, de petits orifices respiratoires situés de part et d’autre de son corps. Dans son abdomen, se trouve le jabot, sa réserve de nectar et d’eau formant une petite poche ainsi que les glandes cirières qui sécrètent la cire pour construire les alvéoles.
Les antennes ne lui permettent pas de capter le wifi, mais elle s’en sert de nez et de mains. Ce sont de précieux attributs qui lui permettent de percevoir les odeurs de manière très précise, mais aussi d’explorer tactilement son environnement.

Elle porte non pas 2, ni 3, mais bien 5 yeux qui lui permettent une vision panoramique. Deux d’entre eux se situent sur les côtés de la tête et trois petits au sommet du crâne.

L’abeille possède aussi une bouche qui lui permet de prélever le nectar et fabriquer le miel et la cire. Dans cette bouche, on retrouve deux mandibules ainsi qu’une trompe (proboscis) qui contient une longue langue très utile pour aspirer le nectar.

Sa troisième paire de pattes lui sert à recueillir le pollen. Sur la face interne de celle-ci, figure un peigne et une brosse. Sur la face externe, des petites corbeilles. Notons toutefois que ces différentes caractéristiques changent en fonction des espèces.  Par exemple, les abeilles mellifiques autrement appelées « mouches à miel » ont 6 pattes, 2 yeux à facettes constitués de milliers de petites lentilles (un de chaque côté de la tête), 3 yeux lisses sur le dessus de la tête, 2 paires d’ailes, une poche de nectar, et un estomac.

Chose plus étonnante pour nous qui nous pensons au sommet du règne animal, les abeilles possèdent aussi un cerveau !

Un million de neurones

Des études sur la plasticité cérébrale des insectes ont démontré que l’abeille a une mémoire et est capable d’apprentissage face aux expériences. Son cerveau d’un petit millimètre cube cache tout de même un million de neurones. Certes, c’est 100 000 fois moins que nous, mais c’est tout de même suffisant pour nous enseigner quelques rudiments.

Déjà, les abeilles sont capables d’apprendre et de mémoriser les caractéristiques d’une fleur – son odeur, sa couleur, ses formes, etc. – pour être plus efficaces pour récolter du nectar en fonction des saisons. Elles peuvent en reconnaître plusieurs centaines de cette manière. Pouvant parcourir jusqu’à 10 km autour de la ruche (abeilles domestiques), elles sont capables de partager un itinéraire à suivre vers une source de nourriture à leurs congénères. C’est ce qu’on appelle la danse des abeilles.

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Photo : Mathilde Bouterre

Et un coronavirus n’aurait pas pu leur causer autant de tracas que nous, puisque pour combattre microbes et virus, elles pratiquent depuis toujours une sorte de distanciation physique. En repérant et éloignant les larves malades mais aussi en tapissant l’entrée de leur ruche de résine anti-microbienne.

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Photo : Mathilde Bouterre
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Photo : Mathilde Bouterre

Autre capacité des plus surprenantes, les abeilles comprennent le concept d’abstraction mathématique, autrement dit, elles sont capables de quantifier le néant. Nous savions déjà qu’elles étaient capables de compter jusqu’à 5, mais cette découverte est encore plus remarquable ! D’autant que nous pensions, il y a encore peu de temps, que le concept de zéro était une construction humaine.

D’ailleurs, des études ont démontré que cette expression mathématique était arrivée tardivement dans l’Histoire de l’humanité chez les Indiens (1000 ans apr. J.-C.).  Nous pensions que cette conception ne pouvait être comprise uniquement par quelques espèces de primates incluant la nôtre. L’abeille peut même utiliser simultanément deux concepts différents afin de prendre une décision face à une situation nouvelle. Cette découverte remet donc encore une fois en question nos connaissances sur les formes d’intelligences chez les insectes et plus largement nos théories sur la cognition animale. Le fait de fabriquer et de manipuler des concepts n’est définitivement pas l’apanage des Hommes !

Oh ma reine !

Chez les abeilles domestiques, la reine a une fonction bien particulière. C’est elle qui assure le renouvellement permanent des membres de la colonie. La Reine pond, pond, et pond encore ! Au mieux de sa forme, elle est capable de pondre plus de 2000 œufs par jour. Pour parvenir à cette performance, sa cour, constituée de milliers d’ouvrières, lui fournit de la gelée royale en abondance. Elle mesure 18 à 20 mm alors que les ouvrières atteignent seulement 15 mm.

Mais qui a élit la reine ?

C’est une bonne question, car jusqu’à preuve du contraire, les abeilles domestiques ne font pas d’élections démocratiques. En fait, la reine est issue d’un œuf placé dans une cellule spécifique en forme de doigt (la cellule royale). Les ouvrières en quête d’une nouvelle souveraine laissent éclore la larve et la nourrissent exclusivement de gelée royale. Comme elle ne peut qu’être seule souveraine, à peine née, elle extermine toutes les larves et nymphes rivales se trouvant dans d’autres cellules royales. La fameuse loi du plus fort s’applique ici ou alors serait la sélection naturelle chère notre cher Darwin ?

Après quelques jours, la nouvelle reine s’envole pour se faire féconder en plein vol par les faux-bourdons, c’est le vol nuptial. Seulement quelques jours après cette fécondation, elle commence à pondre. Chose étonnante, la reine peut choisir de donner naissance à une abeille femelle (ouvrière) ou à une abeille mâle (faux-bourdon). Les premières sont issues d’œufs fécondés tandis que les seconds d’œufs non fécondés. Autrement dit, les faux-bourdons n’ont pas de père. Pour donner naissance à une ouvrière, la reine utilise sa spermathèque qu’elle a constituée après les vols nuptiaux. Les favoris de cette dernière, les fameux faux-bourdons ne servent qu’à la reproduction. Ils meurent aussitôt le rapport effectué, leur appareil génital est arraché lors de la fécondation. Comme toute reine qui se respecte, elle fait autorité sur sa cour pour la servir, et veiller sur ses larves.

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Photo : Aaron Burden, Unsplash

La clé de voûte

C’est ainsi qu’on appelle cet insecte tant son rôle dans l’équilibre des écosystèmes naturels est prépondérant. Tellement menacées de nos jours, les abeilles participent à diverses phases primordiales de la vie des plantes. Elles peuvent visiter jusqu’à 250 fleurs en seulement une heure et stocker sur une seule de leurs pattes 500 000 grains de pollen. Sur les 100 espèces de plantes alimentaires les plus cultivées au monde, elles participent à la pollinisation de 71 d’entre elles.

Malheureusement les populations d’abeilles domestiques, mais aussi d’abeilles sauvages déclinent de manière très inquiétante.  Nous parlions en introduction de la responsabilité de l’agriculture intensive dans ce déclin et donc de notre propre implication. Les pesticides, l’introduction de maladies, de ravageurs (frelon asiatique), la pollution atmosphérique, les métaux lourds, la malnutrition due à la suprématie des monocultures (1 seul nectar) ont gravement participé à cet écocide.

Vous l’aurez sans doute compris, ce carnage nous envoie directement vers un effondrement systémique de toute une partie de nos écosystèmes. Écosystèmes dont nous dépendons fondamentalement. Si les abeilles étaient amenées à disparaître, nous serions en incapacité de nous nourrir, et donc, in fine, de survivre. Et ce qui relevé du film d’anticipation apocalyptique il y a quelques années est bien réel de nos jours. Des territoires chinois, tellement pollués, sont dépourvus d’abeilles. Les habitants en sont à tenter la pollinisation à la main, technique qui reste malgré toute nos connaissances et nos technologies inefficace par rapport à la pollinisation naturelle. La nature a mis des millions d’années à construire des systèmes complexes interdépendants, efficients et résilients. Il faudrait être sacrément orgueilleux pour penser la remplacer.